Depuis de nombreuses années, les politiques nationale et départementale d’éducation mettent en place des dispositifs favorisant l’éducation artistique et culturelle afin de développer l’identité culturelle des élèves, de stimuler leur curiosité et de développer leur rapport au monde à tous les âges de leur scolarité.
Les TREAC (Territoires et Résidences d’Education Artistiques et Culturelle) concrétisent ces objectifs en rapprochant artistes et collégiens dans une démarche de rencontre, de pratique et de création.
Cette année la maisondelaculture de Bourges a souhaité s’associer à la Compagnie Maintenant ou Jamais pour proposer un TREAC à deux collèges du département,
le collège Jules Verne à Bourges
et le collège Francine Leca à Sancerre.
Sancerre – Collège Francine Leca
La séance commence par des présentations, un peu timides mais enthousiastes. Chaque élève prend le temps de décrire son émotion du jour avant de se laisser entrainer dans un jeu d’écoute et de regard.
Très vite, les élèves investissent le plateau. D’abord de manière individuelle.
Laurie leur propose un premier exercice pour amorcer la question du paysage, leur paysage.
« Entrez dans la salle, regardez-nous et dites-nous un mot. Un élément du paysage que vous observez chaque matin en venant au collège, puis ressortez. »
Les élèves jouent le jeu, malgré la gêne :
Vigne, oiseau arbre, radar, route, vache, maison, chemin, feuille, herbe, rond-point et forêt.
Ce premier geste sur scène amène à des réactions, sensations. Tout d’abord la gêne, puis rapidement, ils parlent du regard de l’autre.
Une peur que Marion, Laurie et Karine vont tenter de faire disparaitre au fur et à mesure des séances.
Place au brainstorming !
Installés confortablement sur leurs chaises face aux artistes, une nouvelle question :
« Donner des lieux de vie en dehors de leur domicile qui leur semble important et qu’ils traversent régulièrement »
C’est parti !
Les toilettes du Collège, la cantine du collège, un arrêt de bus, le terrain de basket du gymnase, le soleil levant sur Sancerre, le panorama de Sancerre, et puis très vite on part plus loin : le pont de Cosne sur Loire la nuit, Le rond-point de Sancerre, le château, le parc, le restaurant M de Cosne sur Loire, La bibliothèque, le cinéma de Cosne sur Loire, l’église de St Satur, le centre commercial Avaricum (magasin New-Yorker), l’Orme aux loups, La cave du prieuré, le carnaval de St Satur, la place Séraucourt etc…
Une multitude de lieux, d’habitudes, de points d’ancrage dans le quotidien des élèves.
Pour aller plus loin, les artistes proposent de diviser la classe en deux, et d’imaginer une improvisation muette pour faire découvrir aux autres un des lieux mentionnés plus haut.
Rapidement les groupes s’organisent, ils réfléchissent, testent, utilisent le mobilier de la salle.
Dix minutes plus tard, on assiste aux improvisations et en quelques secondes tout le monde est sûr d’avoir trouvé le bon lieu. Ce sont des évidences.
Le regard de l’autre est encore lourd et apparaît le rire « de gêne ».
Pour finir la première séance en douceur, les élèves passent à l’écrit. Des moments rien que pour soi avec des consignes simples :
« Décrire un des lieux de la liste pour que quelqu’un qui ne le connaît pas le découvre et le visualise ».
S’ensuivent quelques lectures rapides avant de passer au dernier exercice de la journée, compléter ou- à partir d’un autre lieu- décrire les sensations que provoque le lieu, qu’est-ce qu’on y a fait, avec qui, à quoi on pense lorsqu’on s’y trouve.
Un moment plus intime pour les élèves et plus difficile à livrer aux autres camarades.
Ce n’est pas grave, Laurie prend le temps de récupérer chaque texte pour en proposer une nouvelle version, un condensé de leurs mots le lendemain matin.
Une belle découverte en perspective. Un TREAC qui se lance en douceur et dont la journée se finit sur le soleil couchant de Sancerre.
Collège Francine Leca et Collège Jules VerneAprès une matinée de travail au collège de Sancerre, sensible et pleine de promesse, il est temps de faire la rencontre des élèves du collège Jules Verne à Bourges. Il est 14h00, les élèves sont heureux mais attendent de savoir, de mieux comprendre ce qu’il va se passer. Beaucoup de chuchotements, de ricanements, il est difficile de se concentrer. Une fois tout le monde apaisé, les présentations faites, les élèves rentrent en action. De la même manière qu’à Sancerre, il traverse les exercices. Une différence est notable, la peur du jugement est bien plus présente et parfois écrasante. Ce n’est pas grave, Karine, Laurie et Marion prennent le temps, elles essaient de déceler les personnalités de chaque élève. Premier exercice « le paysage », les mots ne sont pas du tout ou presque les mêmes que la veille : Pour les élèves, l’exercice est aussi drôle que gênant. Ce n’est pas grave, la séance continue, place au « brainstorming » : Nation, la bibliothèque des Gibjoncs, la patinoire du Prado, le Cinéma, le stade de Soulangis, le lac d’Auron, le stade Marcel Sembat, les monuments aux morts du CREPS, l’archevêché, la salle de musique du collège, le bureau de la CPE… Ils passent aux improvisations, il faut se mettre d’accord, mais avec du temps et de la communication, les deux groupes proposent de belles choses. Des gestuelles jaillissent, des caractères se révèlent. Ils rentrent dans le projet. Pour finir, les élèves passent à l’écrit, c’est plus dur, plus stressant pour eux. Il y a comme un nouvel enjeu. Les artistes les rassurent et la journée s’achève avec le bruit des stylos sur le papier. Mercredi, ils découvriront ce qu’ils ont livré et ainsi le TREAC a démarré. Cette première session était celle de la rencontre, de la mise en confiance. Les équipes pédagogiques, les artistes et les élèves ont fait connaissance, ont trouvé un vocabulaire commun pour mener ensemble cette aventure particulière et intense. Tout le monde à déjà hâte de voir le résultat de cette exploration en juin. Suite au prochain épisode. |
Collège Jules Verne, Bourges
Deuxième semaine d’interventions auprès des élèves. Un peu moins d’un mois s’est écoulé.
Cette semaine-là, seules Marion et Laurie sont présentes. Le travail est donc articulé autour du texte et de l’interprétation.
Avant de démarrer, on fait un petit tour pour connaître l’énergie de chacun. Certains mots, adjectifs reviennent : motivé, joyeux, envie, fatigué, fatigué, fatigué…
Pour contrer cette fatigue et pour ne pas que les élèves se lassent, Marion et Laurie proposent d’alterner entre les phases d’écriture et les phases de jeu/jeux.
Etonnamment, ce sont les moments d’écriture, d’introspection que la classe apprécie le plus. Des moments rien que pour eux, sans craindre de se dévoiler à l’autre.
Réfléchir à ce qu’on ferait si ont vivait à la campagne ou simplement ailleurs. Les métiers présents dans l’environnement proche, l’image des métiers qui se trouvent à Sancerre etc…
Tout cela est facile pour les élèves. En revanche, quand il s’agit de se lancer sur le plateau, seul et sans parole, les choses se compliquent.
Montrer un sentiment, en découvrant une lettre fictive au sol et tenter de développer l’émotion ressentie, c’est trop.
L’exposition est tout d’un coup énorme et la concentration et l’envie, laissent la place à la gêne et au fou rire.
La plupart des élèves interprètent la colère ou l’ennui. Tout est encore petit, trop petit pour une scène de théâtre. C’est un début. Plus tard certains se révèleront.
Collège Francine Leca, Sancerre
Avant de commencer, Marion et Laurie prennent le temps de recueillir les impressions des élèves de Sancerre sur le collège Jules Verne.
En novembre 2024, ils ont eu l’occasion de le découvrir et de voir dans quel environnement les autres élèves évoluent chaque jour.
Selon eux, les bâtiments sont plus rapprochés, la vie, le style vestimentaire sont différents. De manière générale, le collège leur semble impressionnant.
Pour clore ce temps d’échange passionnant, Laurie prend le temps de lire le texte qu’elle a écrit à la suite des ateliers avec les élèves de Bourges. C’est touchant, des similitudes apparaissent entre les établissements, les ressentis de chacun.
À la suite de cela, les exercices s’enchaînent comme à Jules Verne.
La liste des métiers est immense, la classe est inspirée.
Dans le paysage de Sancerre, on retrouve :
Des agriculteurs, vignerons, retraités, mécanos, horticulteurs, apiculteurs, boulangers, gendarmes, caissiers, bouchers, restaurateurs, fleuristes etc…
Alors qu’à Bourges, on retrouve selon eux :
Des avocats, bibliothécaires, gardiens de prison, chauffeurs de bus, militaires, armuriers, agents de sécurité, dealers, électriciens, vendeurs etc…
Le contraste est assez saisissant.
L’exercice de la lettre est tout aussi douloureux. Difficile de lâcher prise, d’aller au bout de l’exercice avec sérieux, même si de belles présences se dégagent.
Les états sont différents, la colère laisse place à la peur, au dégoût et au rire.
L’essentiel est que chacun passe, et fasse confiance à Marion et Laurie. Une véritable relation se crée entre artistes et élèves, le projet prend forme.
À la fin, un petit tour des ressentis. Il y a de l’appréhension face à la représentation de juin, de la timidité, de la gêne, l’idée de ne pas trop oser, que c’est trop dur de passer devant les autres et puis pour une poignée d’entre eux, c’est marrant, divertissant.
Tout se met en place petit à petit pour que chacun trouve sa place au sein de ce beau projet.
Collège Francine Leca
Troisième semaine, il est temps de passer à la mise en scène. Laurie n’est pas là, cependant, elle a finalisé le texte du spectacle.
Les mots de Sancerre et Bourges, se mélangent pour donner vie à un texte fort, drôle et touchant qui leur ressemblent. La pièce est constituée de 8 scènes. Chaque élève prendra la parole et surtout, tous seront sur scène.
Ce sont Karine et Marion qui pilotent cette semaine d’intervention. Il va être temps de mettre le corps de ces adolescents en action pour créer des images, des espaces, des paysages.
Dans un premier temps, c’est la découverte. Ensemble, ils déchiffrent le texte, phrase par phrase. Au fur et à mesure de la lecture, ils tentent de pousser la voix, de se faire entendre, de projeter. Ce serait dommage de ne pas entendre leurs mots le 13 juin.
Dans le texte, il est question de leurs peurs et de leurs rêves. Finalement, ils ont pour beaucoup les mêmes. Le territoire n’y change rien.
La découverte du texte donne une nouvelle énergie au groupe. Ils sont prêts, fiers de monter sur scène. Il y a encore un peu de travail, mais ils devraient y arriver.
Karine commence à prendre en charge les placements. Comment le spectacle va commencer. Comment les élèves vont entrer sur scène, se positionner les uns par apport aux autres, par rapport au spectateur. Une chorégraphie des corps se met en place.
Une diagonale se trace au sol. Elle délimite l’espace et surtout elle permet de faire un écho, écho à cette notion de « diagonale du vide » dont le Cher fait partie. Un petit clin d’œil à ces départements un peu moins habités.
Puis c’est un nouveau défi qui attend les élèves. Par groupe de 5, ils vont imaginer des positions qu’ils pourraient prendre sur un banc. Ils installent trois chaises côte à côte et expérimentent des « tableaux ».
Cette recherche se fait dans la bonne humeur et le rire. Les élèves sont heureux, s’amusent et font attention de ne pas se bousculer.
C’est sans compter sur les projets de Karine et Marion. Une fois les positions trouvées, les tableaux enchainés, il est temps de les tester sans les chaises. Comment tenir assis sans l’aide d’un dossier, d’un meuble ? La classe d’abord pense ne pas être capable de le faire, rit, émet des objections.
Rapidement, tout cela laisse place à l’expérimentation et finalement ils se prennent au jeu. De l’extérieur, c’est drôle et surtout ça marche. L’illusion fonctionne. Le groupe est à l’écoute.
Le corps est désormais en action, il est donc temps de faire intervenir le texte, quelques répliques sont dites. Tout cela est fragile mais présage de belles choses.
La journée s’achève sur une note de légère et enthousiaste.
Collège Jules Verne, Bourges
Ce jour-là, on se concentre exclusivement sur la danse, le déplacement et ce n’est pas évident.
Il y a de nombreuses barrières à faire tomber. La première celle du regard. Celui que les élèves portent sur eux-mêmes, car ils ne veulent pas se « taper la honte » et celui qu’ils portent sur les autres.
Pas évident de dépasser tout cela et faire confiance au groupe.
La seconde barrière, c’est l’écoute. Celle des consignes et celle de l’ensemble. Comment faire pour que cette classe soit soudée, qu’elle ne forme qu’un.
Tout au long d’une matinée Karine va chercher à les rendre acteurs de tout cela et qu’ils se sentent concernés.
Tout d’abord en reprenant les images communes avec la classe de Sancerre puis en les amenant vers une chorégraphie plus précise. À l’intérieur des personnalités apparaissent, des meneurs qui poussent le groupe à faire mieux, à s’investir et c’est une victoire.
Au cours de cette séance, ils vont arpenter la pièce de la scène 1 à 6. C’est énorme.
Avant de les quitter, Karine prend le temps de leur rappeler l’importance, de répéter, de se remémorer ce qu’ils ont traversé aujourd’hui pour pouvoir le réinvestir à la fin du mois.
Chacun prend un stylo, un crayon et note ce dont il a besoin pour se souvenir des mouvements. Certains dessinent, d’autres inscrivent quelques mots-clés sur leur texte. Tous jouent le jeu, car la pression monte d’un cran. Dans 3 mois, ils seront sur scène.





