La chorégraphe Cécile Loyer nourrit son geste esthétique par ses rencontres avec d’autres artistes qu’ils soient musiciens, peintres, écrivains ou encore cinéastes. Dans cette nouvelle création, elle renoue avec le cinéma singulier de Jean Eustache dont elle s’était déjà inspirée.
Elle aime perdre les spectateurs, brouiller leurs repères et laisser émerger la poésie cachée de notre monde. Dans Frappez fort, elle part du dernier court métrage de Jean Eustache, Les Photos d’Alix. Un dispositif simple, où des photos défilent, accompagnées de commentaires de la photographe. Mais peu à peu les choses se décalent, le discours ne correspond plus aux images, et une autre réalité apparaît. C’est ce temps de flottement, ce refus de la certitude qui fascine la chorégraphe. Sur scène, huit interprètes remarquables donnent corps à cette expérience aux confins du réel et de la fiction, pour amener le public à lâcher-prise.
« Comme dans nombre de mes pièces, je travaille ici sur la frontière, indécise et mouvante, qui existe au théâtre, notamment, entre la réalité et la fiction – c’est-à-dire sur la difficulté qu’éprouve le spectateur à faire la part de ce qui relève du jeu ou de l’accident, de l’intrusion du réel dans l’écriture et la composition du spectacle.
Pour Frappez fort (comme pour réveiller les morts), je me suis basée sur le cinéma de Jean Eustache et les dispositifs qu’il crée et utilise, en particulier dans son dernier film, Les Photos d’Alix (1980), pour susciter le doute, déjouer les attentes du public, aiguillonner sa curiosité et l’inciter à s’interroger sur la réalité de ce qu’il voit et de ce qu’il entend, c’est-à-dire à regarder au-delà de ce qui lui est donné à voir, à écouter au-delà de ce qui lui est donné à entendre. »
Cécile Loyer






















